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Historique

Piero et Lucille ont créé leurs Fondations en 1995 dans le but d’apporter un soutien spécifique à «leur» Hôpital Lacor, en lui fournissant une aide financière lorsqu’il n’est pas en mesure de trouver d’autres moyens de s’acquitter de ses dépenses courantes. Les Fondations apportent également du soutien technique et logistique.

En 2003, année du décès de Piero Corti, sa fille Dominique est devenue présidente de la Fondazione et depuis lors elle consacre tout son temps aux activités de financement et de sensibilisation.

Une brève histoire de l’Hôpital Lacor

En 1959, Monseigneur Giovanni Battista Cesana, missionnaire combonien né à Lecco et évêque de Gulu, une petite ville qui est la «capitale» du Nord-Ouganda, a fondé l’Hôpital St Mary’s près de Lacor, un endroit situé à quelques kilomètres à l’ouest de Gulu. En 1961, lorsque Piero Corti y est arrivé à l’invitation de Mgr Cesana, l’Hôpital consistait en une section de soins externes, une unité de maternité et quelques lits. Il était administré par quelques sage-femmes et infirmières qui étaient des religieuses comboniennes, tandis que l’aumônier et le «frère bâtisseur» étaient aussi des comboniens. Les unités de médecine et de radiologie et le laboratoire étaient en cours de construction. Piero Corti et Lucille Teasdale se sont mariés dans la chapelle des religieuses de l’Hôpital et ont passé le reste de leur vie au Lacor, luttant pour le gérer et l’agrandir, en trouvant eux-mêmes les fonds nécessaires, d’abord auprès de leurs proches et amis.


L’Hôpital a amorcé sa croissance grâce au travail de Piero et Lucille, qui ont fait beaucoup d’efforts pour trouver les fonds nécessaires pour les unités de chirurgie et de pédiatrie. En 1965, l’unité de chirurgie a été complétée, avec une salle d’opération de deux tables et des salles de service avoisinantes. Dans ces années, le Collège universitaire des aspirants médecins missionnaires (CUAMM) à Padoa (maintenant appelé Medici con l’Africa CUAMM) a commencé à envoyer trois ou quatre médecins volontaires tous les deux ans. Ce projet s’est poursuivi pendant environ 20ans. C’est alors que le Dr Marcello Bolognesi est arrivé au Lacor pour sa période de service national, grâce à la loi Pedini. En avril 1970, les docteurs Gigi et Mirella Rho sont venus à Gulu en formation avant d’aboutir à l’Hôpital Matany.

L’école pour infirmières a ouvert ses portes en 1973. Deux centres de santé périphériques ont été créés en 1974 à Opit et Pabbo, et un troisième deux ans plus tard à Amuru. Au départ, ce n’était que des unités de soins externes, mais une unité a été ajoutée après quelques années. Travaillant dans ces trois centres de santé, le pédiatre canadien Claude Desjardins et son épouse Susanne ont jeté les bases des soins de santé primaires au Lacor en formant des professionnels appelés formateurs en santé.

Obtenir la collaboration de médecins volontaires était plus facile dans ces années-là, grâce à la coopération technique du ministère italien des affaires étrangères. Pendant trois mois, durant l’avancée de l’Armée de libération tanzanienne vers le nord, l’Hôpital est resté isolé du reste du monde. Lucille était le seul chirurgien dans la très vaste région à pouvoir pratiquer la chirurgie de guerre, en particulier sur les soldats d’Idi Amin qui se blessaient les uns les autres. Situé sur le chemin de l’armée d’Idi Amin en retraite, l’Hôpital a été pillé dans les jours qui ont précédé l’arrivée des Tanzaniens dans Gulu. On croit que c’est dans ces années que Lucille a contracté le sida en se coupant sur un fragment d’os.


En 1983, le Lacor a obtenu l’autorisation d’accueillir les nouveaux diplômés de la Faculté de médecine à Makerere durant leur internat. Parmi ces internes, le Dr Matthew Lukwiya s’est clairement démarqué comme le médecin le plus prometteur, tant sur le plan professionnel que sur le plan humain.

La quasi-totalité du personnel est maintenant constituée d’Ougandais. Le rêve commençait à se réaliser. Cependant, les premiers cas de maladie de la maigreur sont apparus en Ouganda, une nouvelle maladie qui allait rapidement devenir la pandémie de sida.

Le frère Elio Croce, un missionnaire combonien qui avait déjà passé dix ans en Afrique, est venu gérer les services techniques du Lacor.

Les projets (de formation de personnel ougandais) en collaboration avec le ministère italien des Affaires étrangères se sont poursuivis dans la seconde moitié des années 1980, et les installations ont été agrandies : chirurgie II avec trois salles d’opération, chirurgie dentaire, endoscopie, bibliothèque, laboratoires de pathologie, physiothérapie, archives. Le Dr Opira Cyprian (qui est maintenant le directeur général) était l’un des internes.

Au cours de ces années, l’Hôpital a été pillé à répétition, nuit et jour, les infirmières, enlevées, et des rançons versées sous forme de médicaments et d’argent. Plus de 90 % des employés vivaient sur le terrain de l’Hôpital et souvent, la nuit, dormait sous les buissons ou dans les bâtiments en construction pour éviter de se faire kidnapper. La résidence de Piero et Lucille a été pillée à Pâques en 1987, et ceux-ci ont été menacés par les rebelles. L’unité de soins externes a été fermée après un trop grand nombre de pillages survenus en quelques mois. Le Dr Odong Emintone (aujourd’hui surintendant médical) s’est joint à l’équipe comme généraliste, tandis que le Dr Matthew Lukwiya se rendait au Hammersmith College de Londres pour prendre part à un programme de spécialisation en hématologie.

Les troubles sociaux affectant l’Hôpital ont continué et atteint un plateau en 1989 avec l’enlèvement du Dr Matthew, que la guérilla a détenu pendant une semaine. L’unité de soins de la tuberculose a été créée et placée sous la direction de Lucille. Il est toutefois devenu nécessaire d’évacuer les centres de santé périphériques d’Amuru, de Pabbo et d’Opit, qui ont été pillés et presque détruits. Parmi les internes, on trouvait le Dr Ogwang Martin (l’actuel directeur des Affaires institutionnelles).

Arrivent les années 1990: L’Hôpital compte 400employés ougandais et 450places. La nouvelle unité de soins externes à spécialisations multiples ouvre ses portes en 1995, grâce au financement de la Conférence des évêques italiens, un événement qui a marqué le commencement d’un soutien essentiel durable, l’un des plus importants de l’histoire de l’Hôpital. La Accademia dei Lincei remet à l’Hôpital St Mary's Hôpital le prix Antonio-Feltrinelli en 1995. Un système de comptabilité est établi, des états financiers annuels sont produits pour la première fois, et le conseil d’administration de l’Hôpital est renouvelé. Il se rencontre régulièrement depuis lors.
Lucille continue à travailler six heures par jour dans l’unité de soins externes, et ce, même si son poids n’est plus que de 35kg et qu’elle se nourrit par perfusion intraveineuse. En avril 1996, Piero ramène Lucille en Italie pour tenter d’améliorer sa santé. La distance entre l’Hôpital et le pont est franchie dans un hélicoptère militaire (vu qu’il est extrêmement dangereux de se déplacer par la route) mis à la disposition du couple par le ministre Bigombe. Malgré les traitements, l’état de santé de Lucille continue de se détériorer. Lucille rend l’âme à Besana le 1eraoût 1996 avec Piero, Dominique et son mari Contardo, et sa sœur Lise, venue du Canada, à ses côtés. Piero rapatrie sa dépouille en Ouganda. En septembre, Piero subit sa quatrième crise cardiaque.

L’Hôpital n’avait pas été pillé depuis 1989, mais il se trouve désormais au milieu d’une guerre caractérisée par des massacres quotidiens et des atrocités qui font des victimes directes (des personnes blessées par des armes à feu et des mines), et surtout des victimes indirectes, vu que 90% de la population district vit dans des conditions désolantes dans des camps de réfugiés, où un taux extrêmement élevé de mortalité infantile est causé par des maladies liées à la pauvreté qui auraient pu être facilement prévenues ou traitées: le paludisme, la diarrhée et la malnutrition. (Images 1 et 2: «la guerre dans les dessins d’enfants»)

En 2000 frappent les épidémies d’ebola: On parle du Lacor dans les journaux de partout au monde. Matthew reconnaît les épidémies, sonne l’alarme et organise la lutte pour les contenir en établissant une unité spécifique d’isolement et en activant un groupe d’employés volontaires. Des experts arrivent de partout dans le monde (CDC à Atlanta, OMS à Genève, etc.). L’unité des «pathogènes spéciaux» du CDC établit un laboratoire «sur place» au Lacor : Pour la première fois, une épidémie d’ebola est observée, le diagnostic est confirmé par un laboratoire sur place et les patients reçoivent un traitement clinique, ce qui entraîne des conséquences importantes sur le plan scientifique. Parmi les 100 employés et plus qui ont accepté de travailler avec Matthew dans l’unité d’isolement, de transporter les cas suspectés à l’Hôpital ou d’enterrer les morts, 13 décèdent après avoir contracté la maladie. Matthew Lukwiya meurt lui aussi de l’ebola le 5décembre2000, dernière victime du virus chez les employés du Lacor. Avant sa mort, Matthew demande à être enterré près de Lucille, ce qui est fait.

L’épidémie d’ebola laisse dans son sillon la peur et le découragement, mais après quelques mois, le pire est passé et l’Hôpital qui, entre-temps, avait adopté toutes les mesures de protection et de diagnostic requises pour s’acquitter de son mandat dans une région à risque élevé d’infections extrêmement dangereuses, reprend ses activités à plein régime. Depuis 2001, les états financiers de l’Hôpital sont certifiés par un vérificateur international. L’Hôpital a mis en place un manuel des usagers et informatisé ses procédés comptables et de gestion du personnel.

Il fait face à un nombre croissant de voyageurs de nuit en plus de ses activités normales. La Dre Dominique Corti est nommée membre du conseil d’administration de l’Hôpital en 2003. Cette même année, la Faculté de médecine de l’université de Gulu voit le jour. Le Lacor devient le centre universitaire de la faculté gouvernementale nouvellement établie. Le nombre de patients continue d’augmenter. En 2007-2008, il atteint plus de 300000 par année. On enregistre une hausse particulièrement rapide du nombre d’hospitalisations, qui ont doublé pour atteindre le nombre de 40000 et plus. Le nombre de chirurgies atteint le seuil des 5000 par année.

L’Hôpital prépare son premier plan stratégique quinquennal pour les années 2007 à 2012. Après la mort de Piero, le Dr Bruno Corrado, arrivé au Lacor en 1992, a assumé la direction de l’Hôpital et commencé à collaborer étroitement avec les futurs administrateurs de l’Hôpital en vue d’en confier la direction à des Ougandais. Cela se produit en février 2008, alors que le Dr Opira Cyprian est devenu directeur général, avec le soutien du by Dr Odong Emintone comme surintendant médical et du Dr Ogwang Martin comme directeur des Affaires institutionnelles.